Rencontre avec Edith Canat de Chizy, compositrice

Le 24/01/2020, salle Charline Picon, au lycée Jean Dautet La Rochelle.

Rédigé par les élèves de 1ère  spé et de 2nde Musique et leur professeur, Mme Borne

 

Déroulement de la rencontre

Edith Canat de Chizy débute la conférence, directement, en présentant son œuvre, VISIO, en lice pour le GPLC (Grand prix lycéen des compositeurs de musique contemporaine), organisé par « Musique nouvelle en Liberté ».

Compositeurs du GPLC 2020

La compositrice est assistée de Simon Bernard, chargé de mission et médiation, auprès de Musique nouvelle en liberté. Il accompagne la compositrice, et les six autres concurrents, dans les lycées à option musique, diffusant extraits musicaux et vidéos, au vidéoprojecteur.

Jérôme, cameraman et Bruno, perchman,  filment et enregistrent l’ensemble de la séance, pour les 20 ans du GPLC. On peut voir les photos sur Instagram.

Des échanges s’engagent ensuite, entre l’artiste et les lycéens, 41 élèves, issus des cours de 2nde, 1ère et terminale spé et option musique du lycée J. Dautet.

Enfin, parmi nous, quelques volontaires restent,  pour une courte interview.

 

La compositrice

Après des études d’Art et Archéologie et de Philosophie à la Sorbonne, Edith Canat de Chizy, née en 1950,  obtient successivement six premiers prix au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, dont celui de composition, et s’initie à l’électroacoustique auprès du Groupe de Recherches Musicales.

Violoniste de formation, elle compose une centaine d’opus, issus de commandes de l’Etat, Radio France, l’Orchestre de Paris, l’Ircam,  et divers ensembles.

Elle a dirigé deux conservatoires d’arrondissement de Paris et  a enseigné la composition.

De nombreuses distinctions couronnent son œuvre : Prix de la Tribune Internationale des Compositeurs (en 1990), Prix Paul-Louis Weiller de l’Académie des Beaux-Arts (1992), Prix Jeune Talent Musique de la SACD, plusieurs prix décernés par la SACEM.

Elue à l’Académie des Beaux-Arts en 2005, présidente en 2016, Edith Canat de Chizy est la première femme compositeur,  membre de l’Institut de France.

Chevalier de la Légion d’Honneur, Officier de l’Ordre du Mérite et Commandeur des Arts et lettres, elle reçoit en 2016 le Grand Prix du Président de la République de l’Académie Charles Cros pour l’ensemble de son œuvre.

 

Présentation et analyse (succincte) de l’œuvre

VISIO (2015) d’ Edith Canat de Chizy est une commande de l’Etat, créée en 2016, à la Maison de la Radio, pour 6 voix mixtes, ensemble instrumental et électronique, durée : 22 mn.

VISIO est interprétée par Grégory Beller (dispositif électronique et informatique musicale) les solistes XXI et  l’ensemble Multilatérale sous la direction de Léo Warynski.

VISIO est basée sur des textes de Hildegarde von Bingen «la troisième vision » extraits du Livre des œuvres divines. Cette pièce cherche à suggérer l’idée de la poétesse médiévale, du mouvement circulaire de l’univers,  par l’utilisation d’un dispositif électronique enregistré et en temps réel.  Les textes sont en français et en latin, parlés, chantés, psalmodiés.

Edith Canat de Chizy subdivise sa pièce en 3 parties, en lien étroit avec la poésie :

– De circulo gyrante : « Je vis une immense sphère, ayant à sa partie extérieure un cercle de lumière étincelante « (extrait)

Dans la 1ère séquence, L’écriture des voix et des instruments s’inscrit dans un mouvement circulaire.  L’alliage subtil des timbres, l’utilisation des percussions résonnantes, dont la cymbale tournante* et l’électronique, suggèrent les spirales ascensionnelles et tourbillons de vents décrits par la poétesse dans ses visions. Les voix féminines engendrent l’aspect comptine, le recto-tono renvoie au texte sacré.

*la cymbale tournante (crotale positionnée sur un pied équipé d’un axe rotatif. En la faisant tourner on crée un effet d’ondulation du son.)

– Finito :  » J’ai vu comme un feu resplendissant, incompréhensible, inextinguible ; [l’énergie divine y anime le firmament] d’un mouvement circulaire, du levant au couchant, au-dessus de la terre « . (extrait)

Dans la 2ème séquence, le mot « finito » souligne la fin des temps, l’Apocalypse : long et lent glissando vocal. L’agrandissement de l’espace est matérialisé par des sons très aigus et très graves, en alternance, obtenus pas l’électronique, en relais des voix.

– Epilogue : La dernière séquence est un épilogue ou une renaissance. Voix sifflées très aiguës des chanteurs, reprises par l’électronique. Le mot CA-RI-TAS, répété, chuchoté, est un message d’amour universel, sur fond marin.

 

L’utilisation de l’électronique dans Visio

1ère phase : Edith Canat de Chizy a travaillé avec un technicien de R.I.M. (recherches en informatique musicale) qui a enregistré des sons (voix, instruments), puis les a transformés, jouant sur les hauteurs et bruitages.

2ème phase : après avoir écrit sa pièce, elle a ajouté la maquette électronique, jouée, en direct, pendant le concert. C’est le flûtiste qui déclenche la partie électronique, en actionnant la pédale 1, 2, 3, etc…

3ème phase : afin de jouer sur les effets, la compositrice, a souhaité spatialiser le son : des hauts parleurs étaient disposés tout autour des auditeurs, lors de la création et de l’enregistrement.  Voir l’émission « Nouveau son » sur Radio-France.

 

Les échanges, nos questions à la compositrice

Quels  compositeurs vous inspirent ?

Henri DUTILLEUX,  György LIGETI,  Pierre BOULEZ.

Henri DUTILLEUX (1916-2013), reconnu comme l’un des plus grands compositeurs français du XXe siècle et comme celui qui incarne le mieux la continuité de la musique française après Claude Debussy et Maurice Ravel.

György LIGETI (1923-2006), compositeur Hongrois, naturalisé Autrichien, utilise la répétition d’un même son dans plusieurs voix à des vitesses presque identiques crée des déphasages évoluant lentement dans le temps.  C’est Stanley Kubrick, qui contribuera à le rendre mondialement célèbre, en reprenant ses musiques, Atmosphère et Lux Aeterna, pour son film 2001, Odyssée de l’espace (1968).

Pierre BOULEZ (1925-2016), compositeur français. Son écriture est exigeante, basée sur la pensée sérielle  qu’il défend. Il est aussi un des précurseurs dans la recherche acoustique. Il travaille sur l’interaction instrument/machine et créé en 1977 l’Institut de Recherche et de Coordination Acoustique de la Musique  (IRCAM).

Quel genre de musique écoutez-vous le plus?

De tout. On peut puiser dans toute musique et être curieux.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Je m’inspire principalement de ma vie personnelle, mon environnement, mes émotions, mon imaginaire, mais aussi d’évènements marquants et de poésies que je lis, comme, pour Visio, ceux d’Hildegarde von Bingen.

Comment procédez-vous pour composer ?

Je note rapidement des choses et les mets en forme, ensuite. Je ne sais pas, à l’avance, ce qui va sortir de mon esprit. Pour moi, la priorité c’est l’imaginaire. Ce qui me motive continuellement dans la création, c’est l’exploration d’un monde que je ne connais pas.

Je l’atèle à mon métier de compositeur*, tous les jours, avec rigueur : 4h dans la matinée, puis de 17h jusqu’au dîner.  L’après-midi, je me détends et vais marcher. Parfois, je travaille toute la journée, y compris le soir, lorsque je dois tenir un délai de commande,  pour une date précise. Je n’écris pas pour plaire aux autres, mais pour les autres.

Pour quels instruments écrivez-vous le plus ?

A mes débuts, le violon, puisque je suis violoniste de formation. Par la suite, j’ai élargi à la musique de chambre, d’orchestre, la musique vocale et chorale, la musique électronique, mais j’aime particulièrement écrire pour les instruments à cordes. J’ai conçu, récemment,  le trio polycordes, pour mandoline, guitare et harpe (2019).

Etes-vous l’interprète de vos propres œuvres ?

Non. Je suis compositeur*, ce qui m’occupe à plein temps, avec d’autres activités.

* La compositrice se considère comme un compositeur ;  un,  désignant le genre neutre.

 

Les échanges, les questions de la compositrice, vers nous

La compositrice nous a questionnés, afin de savoir lesquels, parmi nous,  jouent d’un instrument à cordes ? Lesquels  étudient au conservatoire de musique ? Quels compositeurs contemporains connaissons-nous ?

Qui compose, parmi nous ? Qui veut faire un métier dans la musique ?

Elle nous a conseillé de suivre nos envies, sans nous poser de questions sur le comment, les formations et les études pour y parvenir.

 

Nos impressions personnelles

«Au début, Edith m’est apparue difficile d’accès, puis, après la rencontre, je suis allée la voir. Je l’ai trouvée gentille et rassurante. »
Alexiane, 2nde

 

« Je n’ai pas apprécié la musique de Mme Canat de Chizy, mais son travail reste professionnel et qualitatif. On voit qu’elle adore ce qu’elle fait et que la musique est, pour elle, une réelle passion »
Joseph, 2nde

 

« J’ai trouvé la compositrice très agréable. Elle a su nous parler de sa composition avec passion, en nous l’expliquant. »
Jeanne, 2nde

 

« J’ai beaucoup aimé cette rencontre, car elle m’a permis de savoir en quoi consiste le métier de compositrice et aussi de comprendre la musique contemporaine, bien que ce ne soit pas une musique que j’apprécie. »
Ilda, 2nde

 

« Au moment où nous devions évaluer les compositeurs, j’avais choisi Visio, comme œuvre préférée. Pendant la rencontre, on a pu écouter l’œuvre de manière plus approfondie, on a eu des explications sur la création et les choix de la compositrice. Malgré le côté oppressant de la musique, j’apprécie les similitudes avec la musique du film 2001 Odyssée de l’espace ».
Sébastien, 2nde.

 

« J’aime beaucoup le travail d’Edith Canat de Chizy, et de son parcours, remarquable. Cependant, je n’apprécie pas la musique contemporaine. »
Ange, 2nde.

 

« La compositrice s’est plus focalisé sur l’aspect technique de son œuvre plutôt que sur ses émotions qui ont justifié ses choix musicaux. »
Adèle, 1ère

 

« J’ai beaucoup aimé cet échange, qui m’a beaucoup appris sur la musique. De plus, la compositrice était à l’écoute de tout le monde. »
Elvis

 

« Bien que l’étrangeté de son œuvre, Visio, nous ait surpris, le côté magnétique d’Edith Canat de Chizy a su nous maintenir à bout de souffle. De nombreuses questions ont été posées. Les élèves étaient réceptifs, tout comme les intervenants, qui ont semblé passer un moment agréable. »
Louise, 2nde

 

«C’était intéressant d’en apprendre plus sur la compositrice, sur sa manière de voir les choses, sur la façon de composer et sur sa vie d’artiste. Malgré cela, cette œuvre me paraît étrange et sombre ; ce n’est pas de la musique (pure) c’est un fond sonore pour accompagner des images.»
Félix, 2nde

 

« L’œuvre d’Edith Canat de Chizy nous envoûte au plus profond de notre âme. Ces sons, à la fois, divertissants et intrigants,  nous mènent dans un autre univers. »
Alice, 2nde

 

«J’ai beaucoup aimé ce projet: pouvoir poser des questions, directement à une compositrice, a été pour moi une expérience très enrichissante. Grâce à elle, je sais, maintenant, comment bien composer, comment trouver l’inspiration. En plus, j’ai participé à l’interview. C’était stressant et excitant, à la fois. »
Edgar, 2nde

 

«A la présentation de l’œuvre, j’ai constaté une meilleure compréhension. Cependant, cela manquait un peu de dynamisme. Par contre, les échanges étaient plus intéressants »
Elodie 1ère

 

« Elle s’inspire de sa vie, mais son œuvre reste assez sombre. Elle semble courageuse, par son parcours professionnel remarquable. »
Paul 1ère

 

« Cette rencontre est intéressante pour quelqu’un qui compose. Elle s’est intéressé à chaque élève, en lui demandant ses goûts musicaux et activités. »
Emeline, 1ère